Chaque fois que vous ouvrez un site, votre appareil demande à un résolveur de transformer le nom de domaine en adresse IP. Cette question est un relevé en clair de l'endroit où vous allez, et par défaut elle part vers le résolveur que votre réseau vous a attribué — normalement celui de votre fournisseur d'accès.

Une fuite DNS, c'est quand ces requêtes partent quelque part où vous ne les vouliez pas. Le cas habituel : un appareil configuré pour utiliser un résolveur privé ou chiffré qui, pour l'une de plusieurs raisons structurelles, continue d'envoyer tout ou partie des résolutions au FAI. Rien ne casse visiblement, et c'est pour ça que des fuites durent des années sans être remarquées.

Qu'est-ce que le DNS expose vraiment ?

Le domaine, l'horodatage et la source — de quoi reconstituer une session de navigation.

Le DNS classique circule en clair sur le port 53. Quiconque se trouve entre vous et le résolveur peut lire la requête, et le résolveur lui-même les voit toutes, attribuées à votre connexion. Il ne voit pas la page précise, mais c'est généralement le domaine qui est la partie sensible.

Le chiffrement change qui détient ce relevé, pas le fait qu'il existe :

Transport Chiffré ? Qui voit la requête
DNS en clair (port 53) Non Votre réseau, votre FAI, le résolveur
DNS over TLS (DoT, port 853) Oui Le résolveur que vous avez choisi
DNS over HTTPS (DoH, port 443) Oui Le résolveur que vous avez choisi ; plus difficile à distinguer du trafic web pour le réseau
DNSSEC Non — il authentifie Comme le DNS en clair ; il prouve que les réponses sont authentiques, il ne les cache pas

DNSSEC est l'entrée la plus souvent mal comprise. Il signe les réponses pour qu'elles ne puissent pas être falsifiées. Il n'apporte strictement aucune confidentialité.

Comment les fuites se produisent-elles concrètement ?

Six causes structurelles couvrent la quasi-totalité des cas.

Cause Mécanisme
Routage partagé Une partie du trafic passe par un tunnel, le DNS emprunte l'interface par défaut
IPv6 non pris en charge Le tunnel ne gère que l'IPv4, les résolutions IPv6 passent donc par le FAI
Résolution parallèle de l'OS Windows peut interroger toutes les interfaces à la fois et retenir la première réponse
DoH au niveau du navigateur Le navigateur résout indépendamment du réglage système, dans un sens comme dans l'autre
Réglage imposé par la box La box impose son propre résolveur via DHCP ou intercepte le port 53
Portail captif Les réseaux d'hôtel ou d'aéroport détournent le DNS pour imposer leur page de connexion

Le cas du navigateur mérite d'être détaillé, parce qu'il joue dans les deux sens. Un navigateur avec son propre réglage DoH peut contourner un résolveur système soigneusement configuré ; et à l'inverse, un navigateur bien configuré peut masquer le fait que tout ce qui se passe en dehors de lui fuit toujours. Tester l'un et supposer l'autre est l'erreur de test la plus courante.

Comment vérifier ?

Testez chaque couche séparément, parce qu'elles peuvent se contredire.

Système d'exploitation — quels résolveurs sont configurés :

Système Commande
macOS scutil --dns | grep nameserver
Windows Get-DnsClientServerAddress
Linux (systemd-resolved) resolvectl status
Linux (générique) cat /etc/resolv.conf

Quel résolveur a réellement répondu — la configuration et le comportement ne coïncident pas toujours :

dig +short whoami.akamai.net renvoie l'adresse IP du résolveur qui a effectué la résolution pour vous. Comparez-la au résolveur que vous attendiez.

Au niveau du navigateur : ouvrez le réglage de DNS sécurisé du navigateur et notez s'il est activé et quel fournisseur est sélectionné. Chargez ensuite une page de test de fuite DNS dans ce navigateur. Si elle annonce un résolveur différent de celui de votre test en ligne de commande, c'est que le navigateur résout de son côté.

IPv6 : refaites le test avec une requête uniquement en IPv6. Un tunnel qui ne transporte que l'IPv4 est de loin la cause la plus fréquente de fuite partielle.

Comment lire le résultat ?

Comparez le propriétaire du résolveur à ce que vous attendiez, pas à une liste de « bonnes » adresses.

Observation Interprétation
Le résolveur appartient à votre FAI alors que vous en aviez configuré un autre Fuite
Plusieurs résolveurs, dont celui de votre FAI Fuite partielle — les requêtes sont réparties
L'IPv4 montre le résolveur attendu, l'IPv6 montre le FAI Fuite IPv6
Le navigateur et le système annoncent des résolveurs différents Pas forcément une fuite, mais deux chemins indépendants à vérifier
Le résolveur est dans un pays inattendu Souvent normal — les résolveurs anycast répondent depuis le site le plus proche
Le résolveur est l'adresse privée de la box Non concluant ; la box relaie en amont, vérifiez donc son propre réglage

C'est la dernière ligne qui piège les gens sur un réseau domestique. Un résultat à 192.168.1.1 vous dit seulement que votre box a répondu. Vers qui elle relaie est une autre question, à laquelle répondent ses réglages WAN ou DNS.

Quelles sont les limites d'une correction ?

Corriger une fuite DNS change qui apprend quels domaines vous avez consultés. Cela ne rend pas la visite privée, et exagérer ce point est la principale façon dont le sujet est déformé.

Une fois le nom résolu, votre appareil ouvre une connexion vers cette adresse IP. N'importe quel observateur sur le trajet voit l'adresse de destination et, dans la plupart des connexions TLS, le nom du serveur transite en clair dans la négociation, sauf si Encrypted Client Hello est actif des deux côtés. Les deux signaux identifient le site indépendamment du DNS.

Le résumé honnête est donc étroit mais réel : un DNS chiffré vers un résolveur de votre choix retire de votre réseau local et des journaux de votre FAI la liste en clair de tous les domaines que vous visitez, et transfère cette liste à l'opérateur du résolveur. Il déplace la confiance au lieu de la supprimer — ce qui fait de l'identité de celui qui exploite le résolveur, et de ce qu'il journalise, la seule question qui compte vraiment.

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